À Douala, une cliente compare un smartphone sur Glotelho, une promotion Facebook et une annonce WhatsApp. À Yaoundé, une autre découvre une paire de chaussures sur TikTok Live. Toutes deux achètent potentiellement sur Internet, mais pas du tout de la même manière.
Au Cameroun, le e-commerce ne se résume pas aux plateformes dotées d'un panier. Il existe des marketplaces, des magasins physiques partiellement digitalisés, de jeunes boutiques spécialisées et des vendeurs qui transforment une communauté sociale en clientèle.
Un marché connecté, pas forcément converti
D'après DataReportal, le Cameroun comptait fin 2025 quelque 12,6 millions d'internautes, 5,9 millions d'identités utilisatrices de réseaux sociaux et 29 millions de connexions mobiles. Attention : une connexion mobile n'est pas une personne et un compte social n'est pas nécessairement un acheteur.
La vraie question n'est pas combien de personnes voient les produits, mais combien arrivent à les payer et à les recevoir dans de bonnes conditions.
Glotelho, Iziway, KiKUU : les plateformes structurées

En 2019, Jumia suspendait son activité au Cameroun. Son départ n'a pas arrêté le commerce électronique ; il a montré que les recettes importées ne suffisent pas.
Glotelho conjugue catalogue en ligne, application et points de vente physiques. Pour un achat coûteux, savoir où retrouver l'enseigne constitue un avantage. Mais les avis Google Play signalent aussi, selon les utilisateurs, des irritants de stock, de commande ou de langue. Ces témoignages ne constituent pas un audit représentatif.
Iziway privilégie la flexibilité : sa page de paiement mentionne Orange Money, MTN Mobile Money et le paiement à la livraison. C'est une réponse concrète aux clients qui préfèrent vérifier un colis avant de régler.
KiKUU offre un catalogue transfrontalier étendu. En contrepartie, des avis App Store camerounais rapportent des délais parfois longs. Un prix faible n'est pas une bonne affaire si l'attente ou le coût de livraison gâchent l'expérience.
Ces modèles ne se départagent pas sur le seul nombre de références : disponibilité réelle, transparence du prix final et fiabilité du service comptent davantage que la promesse d'un immense catalogue.
La digitalisation partielle : le cas des enseignes physiques

Transformation numérique de santa lucia
Santa Lucia illustre une autre trajectoire : conserver une activité physique importante tout en digitalisant la relation client. L'application mySantaLucia propose notamment un programme de fidélité et des informations destinées aux clients.
Il faut distinguer trois niveaux : être présent en ligne, permettre au client de commander en ligne, et relier effectivement stocks, préparation, facturation, livraison et SAV. Une boutique peut avoir un beau site tout en confirmant manuellement chaque disponibilité.
Cette transition progressive n'est pas forcément mauvaise. Elle devient simplement fragile quand le volume de commandes explose.
Les nouveaux venus qui cherchent leur propre voie

Les nouveaux venus sur le marché Camerounais
Zrali développe depuis l'écosystème anglophone Buea-Limbé une offre mode associant site, application, Mobile Money et WhatsApp. Dans son bilan d'octobre 2026, l'entreprise annonce plus de 3 000 comptes et plus de 500 livraisons dans six villes. Ce sont des chiffres déclarés par la société. Le positionnement est intéressant : conserver la conversation tout en organisant la transaction.
KamerMall se présente comme une marketplace locale. Elle revendique des vendeurs vérifiés, un catalogue multivendeur et un dispositif de séquestre décrit dans ses conditions. Mais publier une politique de protection ne suffit pas à démontrer son efficacité : les remboursements et litiges doivent aussi être observés en pratique.
Xeption, boutique de smartphones, ordinateurs et accessoires développée par Trigenys Group, suit une logique de spécialisation. Au-delà des paiements Orange Money, MTN Mobile Money et espèces, la boutique met en avant la reprise d'appareils avec estimation guidée et analyse de photos, sous réserve de validation finale. L'idée est d'accompagner le renouvellement d'un appareil plutôt que de vendre uniquement une fiche produit. Sa crédibilité se mesurera toutefois à la précision des reprises, aux garanties, aux stocks et aux livraisons effectivement réalisées.
Transparence éditoriale : Xeption est développé par Trigenys Group, également à l'origine de Trigenys Insight. Cette présentation ne constitue pas une évaluation commerciale indépendante.
Facebook, Instagram, TikTok : les boutiques sans site ne sont pas des figurantes

Marché numerique camerounais
Un commerçant peut vendre sérieusement sans posséder de site Internet. Sur Facebook et Instagram, les photos et stories sont des vitrines ; sur TikTok, les lives recréent une démonstration de marché ; sur WhatsApp, les conversations servent à conseiller, confirmer et organiser les commandes.
Le portrait d'Ash by Tash ThriftStore illustre la vente de vêtements de seconde main à Yaoundé via WhatsApp et Instagram. À Douala, CFA Vestimentaire utilise la visibilité sociale et les groupes WhatsApp, notamment autour de la revente.
Sur Instagram, le classement StarNgage fait apparaître des comptes comme Luxury_shop, Les Ways Swagg ou Maison de Helen, suivis par des dizaines de milliers de personnes selon les relevés disponibles. Les abonnés ne sont pas des ventes, mais une communauté active peut être un actif commercial important.
Snapchat participe également aux échanges entre communautés, sans que les informations publiques disponibles permettent de chiffrer rigoureusement son activité marchande au Cameroun.
Ce commerce social a ses risques : faux comptes, fausses preuves de paiement, faible traçabilité et retours difficiles. La confiance créée par un visage ou une communauté ne remplace pas les garanties commerciales.
Faut-il vraiment imposer un site à tous ?

Ce qu'on appelle E-commerce
Pas nécessairement. Pour une petite vendeuse, maintenir un catalogue, mettre à jour les stocks, prendre les photos et faire venir du trafic peuvent coûter plus cher que de gérer directement ses commandes via WhatsApp.
Le progrès consiste parfois à connecter les canaux : réseaux sociaux pour découvrir, catalogue pour vérifier les prix et tailles, Mobile Money pour payer et interface de suivi pour la livraison. Des services comme SokoDesk et Ayweu explorent cette organisation.
Un autre marché apparaît donc : vendre de l'infrastructure numérique aux vendeurs, sans chercher à devenir leur concurrent.
Le vrai championnat : l'expérience utilisateur
Une interface séduisante ne compense pas un produit indisponible. Pour comparer sérieusement les boutiques, cinq questions priment : le prix inclut-il les frais de livraison ? Le stock est-il réel ? Peut-on joindre quelqu'un ? Le délai annoncé est-il respecté ? Que se passe-t-il en cas de retour ou de litige ?
Au Cameroun, il faut ajouter le bilinguisme : passer l'interface en anglais doit aussi concerner les confirmations, notifications, factures et échanges SAV, et non seulement la page d'accueil.
Faute d'achats tests comparables, cet article ne distribue pas de notes arbitraires de 1 à 10 à ces enseignes. Une étude UX rigoureuse exigerait de passer des commandes, de mesurer chaque étape et de documenter les résultats.
Conclusion : le futur leader vendra surtout de la fiabilité
Les marketplaces misent sur le choix, les commerces hybrides sur leur ancrage physique, les boutiques spécialisées sur le service et les vendeurs sociaux sur la proximité. Aucun de ces modèles n'a gagné par défaut.
Le futur leader ne sera pas nécessairement celui qui possède le plus d'articles ou de followers. Ce sera celui qui peut répéter une bonne expérience d'achat des centaines de fois sans que chaque transaction dépende des messages du propriétaire.
Le Cameroun ne manque pas de vendeurs sur Internet. Il lui reste à organiser le commerce derrière Internet.
Méthodologie : sources publiques, applications, pages officielles, articles et avis consultés le 14 octobre 2026. Aucun achat, remboursement ou délai de livraison n'a été testé dans cette enquête. Les chiffres communiqués par les entreprises sont présentés comme déclaratifs.
