Du 15 au 17 octobre, Yaoundé accueille le Cameroon International Tech Summit. Pendant ce temps, Dakar attire des financements et Abidjan lance des programmes pour faire grandir ses entreprises numériques. Le Cameroun possède-t-il les moyens de jouer dans la même cour ? Les chiffres donnent une réponse moins évidente qu'il n'y paraît.
À quelques jours du Cameroon International Tech Summit (CITS 2026), une question mérite de dépasser les murs du Palais des Congrès de Yaoundé : que vaut aujourd'hui la place du Cameroun dans la technologie africaine ?
Le sommet, annoncé du 15 au 17 octobre, prévoit conférences, démonstrations, rencontres professionnelles et concours de startups. L'événement arrive au bon moment : le débat sur l'avenir numérique du pays ne peut plus se limiter au nombre de développeurs formés ou aux applications présentées sur scène.
Car pendant que nos talents créent des solutions à Douala, Buea ou Yaoundé, d'autres pays francophones construisent eux aussi des conditions pour que ces solutions trouvent des clients, des financements et des marchés au-delà de leurs frontières.
Surprise : le Cameroun ne part pas de zéro
Commençons par un indicateur imparfait, mais révélateur : la part de la population qui utilise Internet. D'après les données 2024 de la Banque mondiale, issues de l'Union internationale des télécommunications, elle atteint 46 % au Cameroun, contre 60 % au Sénégal et 41 % en Côte d'Ivoire.
Autrement dit, sur cette mesure, le Cameroun est derrière le Sénégal, mais devant la Côte d'Ivoire. Ce n'est donc pas une histoire dans laquelle tous nos voisins seraient nécessairement plus avancés sur tous les plans.
Et pourtant, ce chiffre ne dit ni si la connexion est abordable, ni si elle est stable, ni si les entreprises trouvent les compétences dont elles ont besoin. Une personne qui se connecte ponctuellement sur son téléphone et une PME qui héberge un service en ligne ne vivent pas la même expérience numérique.
Population utilisant Internet, 2024
Part estimée de la population ayant utilisé Internet en 2024 selon Banque mondiale/UIT. N'indique pas la qualité de connexion.
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Le Cameroun dispose d'un marché, de talents techniques et d'entreprises qui ont besoin de logiciels. La Banque mondiale mentionne d'ailleurs un projet d'accélération de la transformation numérique destiné notamment à réduire les écarts d'accès entre zones rurales et urbaines. Mais la présence d'un programme n'est pas encore la preuve de ses résultats : il faut suivre sa réalisation.
Dakar et Abidjan ne courent pas exactement la même course
Au Sénégal, le gouvernement a lancé en février 2025 son « New Deal Technologique ». La stratégie annonce 50 projets prioritaires pour un coût programmé de 1 105 milliards de FCFA sur dix ans. C'est une enveloppe d'ambition, pas une somme déjà entièrement dépensée, encore moins une preuve que les objectifs sont atteints.
Ce qui frappe est la continuité recherchée entre services publics, compétences, souveraineté numérique et développement des entreprises. Un entrepreneur peut ainsi comprendre la direction affichée par l'État, même si l'exécution reste à mesurer.
Le Sénégal a aussi bénéficié de financements importants. Le rapport Partech sur l'investissement technologique africain en 2025 indique 223 millions de dollars levés au total, dette et capital confondus. Mais ce montant est fortement influencé par de grandes opérations, dont une liée à Wave. Il ne faut surtout pas traduire ce chiffre par « toutes les startups sénégalaises trouvent de l'argent ».
Du côté de la Côte d'Ivoire, l'approche est différente. En juillet 2026, le gouvernement a annoncé les programmes **Ivoire Tech Next 15** et **Ivoire Tech Scale Up** : 30 entreprises doivent être accompagnées pendant 24 mois, moitié startups, moitié PME technologiques. Là aussi, le chiffre mesure un programme annoncé, pas encore trente réussites commerciales.
Ces deux voisins illustrent deux leviers : structurer une stratégie publique sur plusieurs années et aider des entreprises précises à changer d'échelle. Le Cameroun peut s'inspirer des méthodes sans copier aveuglément leurs modèles.
Notre vrai défi : passer du logiciel construit au logiciel vendu
Une application peut fonctionner parfaitement sur l'ordinateur de son créateur et ne jamais devenir une entreprise. Entre les deux, il y a un chemin moins photogénique : parler aux utilisateurs, fixer un prix, assurer le support, encaisser légalement, maintenir le produit, documenter la sécurité et convaincre un premier client de renouveler son contrat.
Ce défi n'est pas réservé aux jeunes pousses en quête de capital-risque — l'argent investi contre une participation au capital. Une entreprise qui vend des logiciels aux garages, aux écoles ou aux distributeurs a souvent davantage besoin de clients récurrents que d'une levée de fonds spectaculaire.
C'est ici que le CITS26 peut devenir utile. Les organisateurs annoncent un village de startups, des échanges entre entreprises et investisseurs et des sessions de mentorat. Le 17 octobre, dix finalistes doivent participer à la finale régionale de la Startup World Cup ; le vainqueur obtient une voie d'accès au programme mondial à San Francisco. Le prix de 1 million de dollars évoqué par la compétition concerne la finale mondiale, et non une récompense automatiquement remise à Yaoundé.
C'est une vitrine. Mais une vitrine ne suffit pas si les startups n'ont pas, derrière, des mécanismes pour tester leurs produits dans les entreprises et administrations camerounaises.
À quoi devrait ressembler une victoire camerounaise ?
Imaginons qu'une startup présente à Yaoundé un logiciel capable de réduire les erreurs de stock d'une PME. Le résultat intéressant ne serait pas seulement sa sélection à un concours. Ce serait que trois entreprises acceptent un essai, qu'au moins une paie le service après l'essai, et que l'équipe puisse déployer la même solution à Douala, à Abidjan puis à Dakar.
Ce scénario est un exemple, pas un résultat attribué au sommet. Il montre simplement le type de progression que l'on devrait apprendre à mesurer.
Le CITS propose des billets gratuits et payants, ce qui abaisse une partie du coût d'entrée, notamment pour les étudiants. Mais l'essentiel n'est pas le badge : c'est la qualité des suites données aux rencontres.
Si le Cameroun veut peser davantage dans la tech africaine, il lui faudra relier ses atouts — marché local, bilinguisme, ingénieurs, position géographique — à des contrats, à des infrastructures fiables et à une politique d'achat qui donne leur chance aux produits locaux.
Le sommet ne dira pas, à lui seul, si le Cameroun est devenu un grand pays de la tech. Il peut en revanche montrer si nous avons commencé à construire les conditions pour le devenir.


